Brume, soleil, pluie, arc-en-ciel… Le temps change en continu dans la vallée sereine de Montricher. Si bien qu’au loin, Léman et Mont Blanc se dessinent puis disparaissent, à l’image des mirages. Cette sensation d’impermanence éprouvée sous la canopée de béton de la Fondation Jan Michalski, haut lieu d’écriture et de littérature cerné par le Jura suisse, redouble face aux douze pièces semées entre les murs par Stéphanie Solinas. Ludiques et graves, cartésiennes et hors-sol, documentaires et méta, toutes oscillent et sous-entendent que leur sujet unique – l’identité – ne serait, en fin de compte, qu’une variable.
Au gré d’un jeu de piste servi par un dédale de cimaises laissant, à chaque étape, entrevoir l’œuvre qui suit, chacune pose, sans jamais y répondre, la même question à choix multiples : « Qui sommes-nous ? ». Un corps, certes, comme le rappellent dans l’entrée quatre nombrils encadrés de bois et moulés en silicone – avec poils et grains de beauté synthétiques – fixant ceux qui leur font face comme les visages chers des portraits de famille. Mais aussi une âme et un esprit, ces domaines voisins aussi infinis qu’intangibles pointés par un index en néon rouge semblant léviter en haut des escaliers. Son titre – Plus – dit l’insatisfaction chronique à l’origine de l’Humain de demain, tel qu’il s’invente outre-Atlantique, sur la côte ouest américaine, berceau du New Age et de la Silicon Valley, et troisième des terrains choisis sur lesquels Solinas enquête depuis deux décennies. La déprise est de mise et toute participation, bienvenue : à vous de tenter votre chance au Rio Buenaventura, table de roulette dont le gros lot promet l’immortalité, ou de franchir le rideau du Bureau des miracles, officine d’ordinaire dématérialisée, invitant tout un chacun à verser, par SMS, un récit hors du commun.
Jouer le je, Stéphanie Solinas, Fondation Jan Michalski, Dec 13 - Apr 12, 2026.
La Gazette n°11, Mar 19, 2026.