Il pleut averse sur La Verrière, ce grand puits de lumière niché au fond de la boutique Hermès du boulevard de Waterloo. Délaissant les soies, les parfums et les cuirs, l’œil passe sans transition du gris du ciel au rouge incandescent d’une scène d’apocalypse : une fleur fane et deux astres planent au-dessus de l’horizon, tandis qu’en bas, deux poissons blancs frétillent au bord d’une assiette. Le mystère d’Elene Shatberashvili s’épaissit à mesure qu’apparaissent ses vingt-trois autres toiles – dont huit inédites, produites pour l’occasion – auxquelles s’ajoutent deux temperas sur bois figurant les Sept Dormants d’Éphèse, et un paysage en mosaïque achevé en 2016, quand la peintre, née vingt-six ans plus tôt à Tbilissi, était encore aspirante architecte. Affranchi, son style trouvé dans l’atelier de Tim Eitel aux Beaux-Arts de Paris, dont elle sort diplômée en 2019, change sans cesse de format et d’idées, parant des fonds abstraits mais travaillés de pommes, de coquelicots, de visages – le sien, qu’elle a grave – mais encore d’œufs, de raisins, d’orbes et autres signes sacrés : « Son éducation orthodoxe socle sa peinture », estime Joël Riff, commissaire de cet énième solo augmenté, dont l’accrochage épouse la forme éclatée d’une constellation. Les bons mots du pasteur Philippe François éclairent dans un livret le sens caché du titre – quatre, en toutes lettres, soit le nombre d’ex- positions personnelles désormais à l’actif d’Elene. Laquelle, fraternelle, partage ici l’affiche avec les jeunes peintres Miranda Webster, Mathilda Marque Bouaret, Nathanaëlle Herbelin, Jean Claracq, tandis que les designers Rooms Studio et Johan Viladrich habillent l’espace de meubles aux accents rustiques et industriels. Parmi ses complices, citons Vera Pagava (1907-1988), comme elle géorgienne et mystique, dont les lunes rousses ensorcellent.
Quatre, Elene Shatberashvili, La Verrière - Hermès, Brussels, Jan 15 - Apr 11, 2026.
La Gazette Drouot n°11, Mar 19, 2026.